Sans_titre - Bruxelles - 2010

Extérieurs-Nuit II

Par delà l’expérience hérétique d’une sensation picturale entamée quelques années plus tôt lors de la conception du premier volet de mon projet photographique Extérieurs-Nuit, il m’a semblé nécessaire d’opérer un changement crucial, pour ne pas dire radical, en vue d’une déréalisation plus complète et significative de mon sujet. La ville, la nuit. Mon souvenir était vif, mais les images restaient imperturbablement tristes et ténues. Ainsi, à l’attribut du souvenir, que les couleurs primaires constituaient, devait se substituer fatalement l’attribut du noir et blanc. Une brèche semblait alors s’ouvrir sur l’esquisse de ma mémoire. Un trait que seul le noir parvenait salutairement à conférer à la page blanche. Les traits d’une lumière figurative pouvaient désormais tirer vers l’abstraite obscurité de mon rêve. Et, tandis que l’oeuvre au noir de Soulages ravivait les murmures de mon inconscience en la chaulant, mon rêve éveillé devait ne jamais s’achever. Attentif à ce que je ne connaissais plus, le rideau levé pour de bon, la nuit pouvait à présent tomber. Je me souvenais mieux en noir :

Produit de nuits blanches

Au fil des jours noirs

Dans les rues de Bruxelles

Des paysages fusants

En un travelling ivre

Les enfants la bouclent

Depuis la banquette arrière

De la Renault 18 turbo

De mon père vivant

Il ne reste rien

Sinon des images

En noir et blanc

Passage au noir